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jeudi, 04 avril 2013

2è Prix Pétrarque de l'Essai France Culture - Le Monde

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Le deuxième Prix Pétrarque de l'Essai organisé par France Culture et Le Monde, qui récompense un essai d'intervention paru entre septembre et mai de l'année écoulée, sera remis à Montpellier, à l'occasion des Rencontres de Pétrarque qui se dérouleront cette année du lundi 15 au vendredi 19 juillet sur le thème : « Guerre ou paix ».

 

Le jury s'est réuni le mardi 26 mars 2013 afin d'établir la pré-sélection des livres retenus pour cette deuxième édition.

 

La liste des ouvrages retenus est la suivante :

Quand l'amour fait mal d'Eva Illouz. Seuil

Passion arabe – journal 2011-2013 de Gilles Kepel. Gallimard

La démocratie des crédules de Gérald Bronner. PUF

Jérusalem 1900  de Vincent Lemire. Armand Colin

Congo, une histoire, de David Van Reybrouck. Actes Sud

 

 

Le jury est composé pour France Culture de : Brice Couturier, Hervé Gardette, Emmanuel Laurentin et Sandrine Treiner et pour Le Monde de : Anne Chemin, Julie Clarini, Nicolas Weill et Jean Birnbaum.

 

La première édition du Prix Pétrarque de l'essai France Culture – Le Monde a été décernée en juillet 2012 à Luc Boltanski (voir photo ci-dessus) pour Enigmes et complots paru chez Gallimard. CLIQUEZ ICI.



(Source : ActuaLitté).

vendredi, 23 novembre 2012

"Les Bienveillantes", par Jonathan Littell : première bombe littéraire du XXIè siècle

Les Bienveillantes.jpgA la fin de l'été, et ce durant plus de trois mois, je me suis attelé à la lecture du livre Les Bienveillantes, premier-roman du Franco-Américain Jonathan Littell, qui a obtenu en 2006 le Prix Goncourt et le Grand Prix du Roman de l'Académie Française. Ce roman, qui relate les horreurs de la seconde guerre mondiale dans la peau d'un officier SS très cultivé, nous met d'emblée mal à l'aise en raison de cette narration osée et diabolique. D'autant que la longueur du livre, véritable somme, a pour conséquence que le lecteur a tendance à s'attacher par endroits au personnage du Dr Maximilien Aue, officier SS. Ce qui est fascinant dans cet ouvrage, comme le soulignait Daniel Cohn-Bendit, est que l'on comprend très vite que "nazi" ne veut rien dire. Il y avait, comme dans tout régime, une multitude de possibilités d'être nazi à l'époque, ce qui ne veut pas dire qu'on l'était plus ou moins.

Ce livre est en tous points remarquable car il décrit parfaitement, avec une documentation très complète et des plus érudites, ce qu'a été l'ignominie du massacre des Juifs et de l'invasion de l'URSS, terrains de guerre et entreprises diaboliques sur lesquels Max Aue est envoyé pour y jouer un rôle non-négligeable et où il va côtoyer de nombreux personnages historiques réels quand d'autres ne sont que pure fiction.

Cinq moments m'ont particulièrement marqué dans cet ouvrage :

-En Ukraine, lors d'un passage dans un village, une jeune fille enceinte va mourir des suites d'une attaque des nazis ou des Soviétiques. Un infirmier de la Wermacht réussit à donner naissance à l'enfant mais, pris de rage, un officier allemand de la Wermacht achève sans ménagement le bébé en lui fracassant le crâne contre le coin du poële de la maison sommaire de la jeune fille, où une "vieille" pleure dans un endroit de la pièce. L'infirmier qui tentait de sauver le bébé ira jusqu'à tuer l'officier de la Werchmacht coupable de l'infanticide, avant de s'enfuir et de certainement être abattu à son tour par les Partisans Soviétiques.

-Le livre évoque longuement le phénomène de la Shoah par balles qui avait précédé l'extermination des Juifs, Résistants ou encore Tsiganes, au moyen du gaz. Tout comme il apporte un éclairage sur le cas des "Berjuden", les "Juifs des montagnes" en URSS. Ces deux derniers faits sont trop peu évoqués dans nos livres d'Histoire.

-Bien sûr, même si on a déjà beaucoup écrit sur le sujet, Jonathan Littell dresse un portrait insoutenable de la vie quotidienne au sein des camps de concentration.

-Au début de l'ouvrage, l'auteur développe de manière importante la campagne d'Ukraine. Là aussi, le récit est horrifique. Lors de la sortie du livre en Allemagne, en 2008, le député européen Daniel Cohn-Bendit a, au cours d'une soirée de promotion à Berlin en présence de Littell, dit, par rapport à ces pages "ukrainiennes", que plusieurs fois, on s'arrête de lire pour jeter le livre "contre le mur".

-Le cas du petit Yakov m'a bouleversé. Ce jeune Juif, épargné par les Allemands en raison de sa virtuosité au piano, est employé par eux pour leur jouer de grands airs lors des repas pris au mess de Jitomir (Ukraine). Un jour, celui-ci aide un militaire à réparer une voiture. Il s'écrase la main. Ne servant plus à rien pour eux, les nazis le fusillent.

 

Les Bienveillantes Folio.jpgD'un point de vue plus général, il faut noter avec beaucoup d'honnêteté que Jonathan Littell est, contrairement à ce qui a parfois pu être dit, un génie de la syntaxe, qu'il maîtrise de façon parfois perverse pour mieux faire tomber le lecteur dans sa manipulation narrative. Et l'on ne peut que s'incliner devant les magnifiques descriptions auxquelles il s'adonne, notamment celles concernant les paysages et la nature dans leur ensemble. Et c'est sans doute l'une des constatations les plus absurdes du livre : pendant que le monde vacillait, que "des Hommes faisaient cela à d'autres Hommes", les cycles de la nature continuaient, renouvelant la Vie d'année en année en lui donnant toujours le dernier mot.

 

 

Enfin, quatre éléments m'ont plutôt déplu dans ce livre :

-Dans le chapitre introductif intitulé Toccata, Max Aue nous dit, et c'est constant dans la narration, que ce qu'il a fait, tout Homme dans sa situation l'aurait fait à sa place. Si l'on peut atténuer cet argument, il est encore plus discutable ici car il est vraiment difficile de s'identifier à lui lorsque l'on découvre, au gré de l'ouvrage, que Max est un homosexuel à moitié refoulé (et aussi à moitié Français, est-ce lié?!) et un enfant que son père a abandonné, d'où son engagement national-socialiste (un peu court). D'autres détails sont encore plus forts : Aue parle couramment français, il dispose d'un appui très puissant en la personne du Dr. Mandelbrod (personnage fictif et ô combien risible, frappé d'obésité morbide et ne se déplaçant qu'en fauteuil roulant, poussé par de belles amazones au service du Reich et du renouvellement de la race aryenne), il se prend une balle dans la tête à Stalingrad, arrive à en réchapper et à être rapatrié miraculeusement, il féconde sa soeur, il est possible qu'il ait tué sa mère et son beau-père Moreau...

Comment se dire "J'aurais pu faire cela" en conférant au personnage principal (mis à part l'homosexualité, qui n'en est pas une) des pathologies que l'on rencontre très rarement dans la société actuelle et en le mettant au coeur de situations mi-ubuesques, mi-invraisemblables ?

Le cas du meilleur ami de Maximilien Aue, Thomas Hauser, est à ce sujet intéressant. Autant Max est un homosexuel honteux s'adonnant à ses plaisirs avec un certain recul, autant Thomas est un jouisseur hétérosexuel. Présent dans quasiment toute la narration, c'est toujours lui qui fait rebondir l'intrigue et sauve Max. Jusqu'au geste final et révoltant de ce dernier. On peut donc se poser la question : Thomas Hauser existe-t-il réellement ? N'est-il pas le double parfaitement inversé d'un Max Aue rempli d'états d'âmes et de complexes?

 -Jonathan Littel n'a de cesse de minimiser la folie nationale-socialiste, en argumentant qu'elle vaut bien la folie soviétique, ce qui a fait dire à l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement à sa sortie que ce livre pouvait être qualifié de "révisionniste". Sans aller jusque là, je ne suis pas d'accord non plus avec cette démonstration. Car si le régime communiste de Staline a décimé des millions d'innocents, il n'y avait pas en lui la volonté d'annexer l'Europe entière et d'abolir le passé par l'instauration d'une "Weltanschauung". Si nazisme et communisme sont bien assimilés au "totalitarisme" tel que l'a écrit Hannah Arendt, il est inconcevable de vouloir minimiser le nazisme par le communisme, comme le fait ici Littell dans Les Bienveillantes.

-Le penchant pour la scatologie du personnage principal est purement inutile, risible et insoutenable tout comme l'arrivée des inspecteurs de police de la Kripo (la police criminelle de la SS), Clemens et Weser, enquêtant sur la mort de la mère de Max Aue (dignes des Dupond et Dupont), en plein chaos, est ridicule du point de vue de l'intrigue.

-La scène dans le bunker d'Adolf Hitler est à mourir de rire, digne du film Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino, mais, là aussi, à quoi bon ?

 

Pour terminer, si la fin est un peu hystérique, on le pardonne cette fois-ci tant elle est à la hauteur de la folie qui s'est emparée de nombre de cadres ou de militants de base du régime finissant et qui, pourtant, devait durer "1000 ans".

Jusqu'au bout, Jonathan Littell entraîne le lecteur dans une tragique épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'Histoire (qu'il revisite parfois). A de nombreux moments, on croit que l'auteur s'égare et, chaque fois, celui-ci rattrappe son lecteur pour mieux l'estomaquer.

Ce chef d'oeuvre, qui emprunte beaucoup à la tragédie grecque et à la musique, nous révèle aussi dans sa complexité toute l'horreur de la seconde guerre mondiale et l'on perçoit ici à quel point ce conflit aura déshumanisé les Hommes, sacrifiant de nombreux éléments de toute une génération (Hanika, l'aide de camp de Max Aue en Ukraine; le linguiste Voss ou la fille pendue de la ville ukrainienne de Kharkov l'illustrent bien, tout comme Max Aue et Thomas Hauser, pour ne citer qu'eux).

Un livre qu'il faut prendre le temps de lire et, à l'instar des propos qu'avait eu un critique littéraire à sa sortie, dont on aura jamais fini la relecture...

 

Fabrice Hinschberger

 

(Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, Gallimard ou Folio, 2006).

jeudi, 17 novembre 2011

Culture : Le Prix Interallié à Morgan Sportès

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Tout, tout de suite, par Morgan Sportes (Fayard), a obtenu hier le Prix Interallié. Un livre qui retrace l'errance des membres du "gang des barbares", qui a ôté la vie à notre frère Ilan Halimi en février 2006. Un récit où l'abject n'a d'égal que la révolte qu'il suscite. N'oublions jamais Ilan...