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jeudi, 19 février 2026

Survivre et s'aimer : l'histoire de Tahirys et Coline

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Tahyris et Coline se sont retrouvés le 28 janvier dernier. Tahirys, joueur du FC Metz, était présent à Crans-Montana, dans l’incendie du Constellation. Lorsqu’il s’est rendu compte qu’elle était encore à l’intérieur, il est à nouveau entré dans le lieu pour l’en sortir. Très grièvement brûlés, ils sont séparés par les services de secours. Coline est transférée à Anvers, Tahirys à Stuttgart et à Metz. A la personne qui le prend en charge, il demande de faire une photo avec son smartphone, où il s’efforce de sourire malgré la douleur, pour rassurer ses parents. 27 jours après, au prix d’un indicible combat pour la vie, les jeunes amoureux se sont retrouvés.
Je suis très touché par le drame de Crans-Montana car il me rappelle une visite effroyable. Au cours de l’été 2000, j’étais journaliste-stagiaire au quotidien régional "Le Dauphiné Libéré", à Voiron, près de Grenoble. Un jour, alors que je sillonnais les routes de l’Isère avec Céline, inséparable collègue, notre rédacteur en chef Frédéric s’était arrêté sur le bord de la route afin de nous montrer un endroit.
Cet endroit, c’était le Mémorial du 5-7, cette discothèque de Saint-Laurent-du-Pont dans laquelle périrent 144 jeunes de 14 à 27 ans, ainsi que deux responsables de l’établissement, dans la nuit du 1er novembre 1970. Au 5-7, c’était le chauffage qui n’était pas aux normes, en plus d’un tourniquet d’entrée défaillant prenant au piège tous ces jeunes. Puis, le drame est identique. Les sorties de secours cadenassées. Le décor fait de plastique et de polyester coulant sur les personnes présentes, qui inhalent des substances toxiques empêchant leur fuite. Ensuite, c’est l’explosion. Le feu. Et le silence.
 
QUAND TOUT CEDE, IL DEMEURE LA MAIN QUE L’ON TEND
 
Au Mémorial du 5-7, une chose est particulièrement glaçante. Les familles des victimes ont tenu à exposer le tourniquet qui a pris au piège leurs proches avec cette inscription : « Placés dans le hall d’entrée, ces tourniquets faits par des hommes inconscients et avides d’argent ont provoqué la mort de 144 enfants brûlés vifs le 1.11.1970 ».
Je ne pensais pas un jour être le témoin contemporain d’un drame similaire. L’avidité de l’argent aura une nouvelle fois ôté la vie à une jeunesse en train de se déployer.
Alors, peut-être que, dans cette nuit qui a tout emporté, il restera malgré tout quelque chose d’irréductible : ce pas de plus que Tahirys a fait en retournant dans les flammes, ce souffle auquel Coline s’est accrochée, et cette rencontre, 27 jours plus tard, qui dit que la vie peut encore gagner du terrain là où on la croyait vaincue. Leur amour devient une réponse flagrante à l’absurdité du drame : quand tout cède, il demeure la main que l’on tend, le regard que l’on retrouve, la promesse de ne pas laisser le drame avoir le dernier mot.
Alors que tant de destins se sont éteints dans l’indifférence et la cupidité, Tahirys et Coline incarnent une lueur. Leurs retrouvailles ne réparent rien, mais elle nous éclaire. Elle rappelle que l’espoir ne naît pas de l’oubli, mais de la fidélité à la vie, à l’amour, et à la mémoire de ceux qui ne sont pas revenus. Et dans ce monde qui vacille trop souvent, leur histoire murmure qu’aimer reste, encore et toujours, un acte de Résistance.

13:29 Écrit par Fabrice Hinschberger dans BFH Tribune | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |  Imprimer | Pin it!

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