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mercredi, 05 octobre 2022

La Belgique, un Etat - deux Nations ?

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Analyse de la situation politique belge liée au fait que sa Nation est composée de trois entités linguistiques.

 

Nation : Ensemble des êtres humains habitant un même territoire et ayant une même communauté d’origine, d’histoire, de culture, de traditions, le plus souvent la même langue et constituant une entité politique.

 

Question légitime : cette définition du Petit Larousse s’applique-t-elle encore à la Belgique ?

 

Après le gag télévisuel de la chaîne publique francophone RTBF en décembre 2006, qui avait fait croire à la sécession immédiate de la Flandre et crée un véritable vent de panique dans tout le pays, nous semblons entrer de plus en plus dans la réalité avec les soubresauts constants de l’actualité.

 

Certaines communes flamandes n’hésitent plus en effet à supprimer toutes leurs indications routières écrites en français. La Belgique est-elle encore empreinte de ce « vouloir vivre ensemble » cher à l’auteur Ernest Renan ? C’est aux Belges de le dire. L’Union européenne ne doit pas avoir peur de suggérer aux citoyens de ce pays d’organiser un référendum qui permettra au préalable, avant tout processus de séparation hâtif ou de maintien du statu quo et si tant est que le débat électoral ne soit pas récupéré par divers groupuscules extrémistes, de révéler l’état du sentiment national belge.

 

Pour ma part, je pense qu’il n’est pas possible de maintenir un Etat artificiel et d’obliger deux entités d’un même pays à vivre ensemble s’il s’avère que ces deux entités sont bel et bien deux nations distinctes (à voir dans le cas de la Belgique) et souhaitent se constituer en Peuples autonomes, il faudra prendre en compte cette demande et cette réalité, si elles existent. Le 1er janvier 1993, au moment même où la libre circulation des personnes, des biens et des marchandises entrait en vigueur dans l’Union européenne (qui était alors la CEE), la République Tchèque et la Slovaquie se séparaient sans heurts et après un processus réfléchi et accepté de part et d’autre. A présent, ces deux nations font partie intégrante de l’Union européenne. Qui peut mettre en doute le fait que les Tchèques et les Slovaques constituaient bien deux Peuples et deux nations réunis de manière artificielle au sein de l’ancienne Tchécoslovaquie ? C’est indéniable.

 

La Tchécoslovaquie a su se séparer tandis que la Suisse a démontré son unité

 

Je salue au passage l’action du Roi Baudouin Ier, décédé en 1993, qui avait su maintenir l’unité nationale et accepté la création d’un Etat fédéral organisé en trois entités : la Flandre (néerlandophone), la Wallonie (francophone) et la région de Bruxelles-Capitale (bilingue). Ces trois entités disposent chacune d’un parlement régional et sont elles-mêmes constituées de provinces (la minorité germanophone, à l’est du pays, se trouvant de fait intégrée à la Wallonie). Il y a donc, en Belgique (10 millions d’habitants, il faut le rappeler !), des députés fédéraux belges et des députés régionaux wallons, flamands et bruxellois. Si l’on ajoute à cela le fait que les députés européens se réunissent en grande partie à Bruxelles, on peut dire que la Belgique est la championne de la vie parlementaire !

 

Il peut paraître également paradoxal de voir un pays plaider pour sa scission alors qu’il abrite en sa capitale la quasi-totalité des institutions de l’Union européenne…

 

Plus sérieusement, le point d’achoppement entre Flamands et Wallons résident dans le statut de Bruxelles, dont le casse-tête trouve son apogée dans la circonscription de Bruxelles-Hal-Vilvorde, communément appelée « BHV » et dont est issu Herman Van Rompuy, le Président stable du Conseil de l’Union européenne. « BHV » ferait passer les négociations liées au statut de Jérusalem pour un simple jeu d’enfant ! (C’est en effet le mot d’esprit qui circule dans les milieux diplomatiques belges, révélant au passage l’inquiétude réelle quant à la situation du pays).

 

Et le fédéralisme a accentué le problème : les partis politiques, syndicats ou associations à caractère national n’ont plus seulement un siège fédéral à Bruxelles mais un siège à Anvers et un autre à Liège. Une fois arrivé à Bruxelles, les négociations s’enrayent car chacun défend les intérêts de son entité. Où s’arrêtera ce dialogue de sourds ?

 

Cependant, il s’agit bien du sentiment d’appartenance même de ces deux entités qui est en jeu et nous nous devons de respecter cela, quel que soit la solution pour laquelle ils opteront.

La Suisse a démontré depuis longtemps sa cohésion et son « vouloir vivre ensemble » en accueillant en son sein pas moins de quatre communautés linguistiques (francophone, germanophone, italophone et la communauté de langue romanche) de manière totalement pacifiée.

 

C’est pourquoi, la Belgique, au lieu de provocations incessantes de l’une communauté envers l’autre et vice-versa, se doit désormais, comme le Québec en 1995 (qui avait décidé, par référendum, de rester au sein de la Fédération du Canada), de regarder son avenir en face…

 

Pour aller plus loin : Oui ! Une autre Belgique est possible, par Gilles Vanden Burre, aux éditions Luc Pire, coll. Espace vital.

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